L’intelligence artificielle dans l’alimentation

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20/03 14:45- L’intelligence artificielle dans l’alimentation

Xavier Boidevezi,-Vice-Président du Groupe SEB, Secrétaire national de l'écosystème thématique FoodTech de la FrenchTech

« L’intelligence artificielle permet de développer des services transversaux dédiés à l’utilisateur »

« Xavier Boidevezi a la responsabilité du développement stratégique d’un écosystème (produits, services, partenaires) culinaire digital au sein du Groupe SEB qu’il a rejoint en 2011 pour lancer Cookeo puis Cookeo Connect, un des premiers produits connectés de la cuisine.

Avant de rejoindre le Groupe SEB, il a passé 13 ans au sein du Groupe Danone ou il a été successivement chef de produit, chef de groupe et directeur marketing, d’abord en Allemagne puis en Arabie Saoudite, en France et au Vietnam. Diplômé de l’ESSCA, il est également auditeur jeune de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) et Conseiller du Commerce Extérieur de la France (CCEF). Passionné de cuisine il est diplômé d’un CAP de Cuisine et un CAP de Pâtisserie. »

Quel est l’intérêt de l’IA dans l’alimentaire ?

Nous sommes dans un secteur qui n’a pas encore été disrupté par le numérique et le digital, en comparaison d’autres domaines comme la photographie, la musique, ou encore les livres… ceci résulte du fait que les différents acteurs ne parlent pas le même langage, d’où l’intérêt de développer des solutions dans le domaine culinaire. Elles peuvent être liées au développement d’un écosystème qui va du producteur au consommateur en passant par le transformateur et le distributeur, ou encore dans le dialogue qui s’établit entre un appareil et son utilisateur… il faut alors un référentiel commun, un langage standard, des synergies entre les différents acteurs. C’est là que l’intelligence artificielle va jouer un rôle en appliquant une méthodologie de raisonnement s’appuyant sur un texte, une recette de cuisine, et proposer automatiquement et de façon ciblée, des enrichissements. Par exemple, je peux savoir, en renseignant mes recettes, si elles contiennent du gluten ou du lactose. L’IA peut sortir automatiquement le Nutriscore ou la valeur nutritionnelle de ma recette. C’est un premier niveau d’explications qui va permettre d’apporter des technologies. Evidemment, il y a des adaptations en temps réel, selon différents paramètres, comme le contexte et le profil de l’utilisateur, mais aussi en fonction des appareils en cuisine et des ingrédients dont il dispose. Une des grandes tendances dans la FoodTech c’est justement la personnalisation. On va utiliser l’IA plutôt sur des phases d’algorithmes pour intégrer un maximum d’éléments, puis apporter une recommandation spécifique de façon ciblée. L’important est de permettre le développement de services transversaux dédiés à l’usager.

Quels sont les secteurs concernés par l’IA ?


Partout où il y a un besoin de facilité ! Choisir un menu est très simple, pas spécialement besoin d’IA pour cela. En revanche, nous savons qu’en moyenne, le français ouvre son réfrigérateur 20 minutes avant de passer à table. Dans ce laps de temps, il faut donc qu’il choisisse le repas à préparer idéalement avec les ingrédients et les appareils à sa disposition, parallèlement au temps consacré aux devoirs des enfants et toutes les occupations d’une vie quotidienne et familiale parfois surbookée… cela peut devenir un vrai casse-tête ! Si une IA est capable de me dire « je gère cela, il reste du poulet et des carottes, voilà comment le cuisiner en optimisant ton temps… et je sais que les enfants vont adorer cette recette ! » Je suis convaincu de l’utilité et la pertinence de sa recommandation personnalisée. Autre exemple, une IA peut m’indiquer des recettes à partir de légumes, viandes etc issus de producteurs locaux, avec une liste de courses adaptée. Je suis certain de ne rien oublier, ne rien gâcher et préparer les recettes proposées que j’apprécierais à coup sûr. Tout ceci, sans faire appel à de gros systèmes d’IA avec une puissance de calculs incroyables comme en d’autres domaines. C’est juste le fait d’un langage commun qui s’établit, qua la machine en temps réel comprenne ma demande et y réponde de façon précise. Nous sommes dans la gastronomie et je pense que l’humain doit garder son rôle. La viande produite in vitro à partir de cellules souches ne me séduit pas vraiment, mais l’idée fait son chemin pour répondre aux enjeux de l’empreinte carbone et du manque de ressources alimentaires. Le besoin de trouver des alternatives aux protéines animales, c’est certain, que les protéines végétales ou les insectes soient des alternatives très certainement aussi, mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans une dimension importante qui est le plaisir, le choix… et il faut que cela le reste ! Nous devons défendre notre modèle et sa dimension gastronomique.


Autres exemples concrets d’IA aujourd’hui ?


La machine va s’adapter au niveau de compétences et profil de l’utilisateur. Au-delà de choisir le repas, si l’on est un chef triplement étoilé, un consommateur avec un CAP de cuisine ou une personne qui ne sait pas cuisiner, l’accompagnement ne sera pas le même, avec des tutoriels différents. Puis, si l’on va un peu plus loin avec l’IA, la démarche peut concerner toute la chaine de valeurs. Connaître mieux ce que les gens consomment, c’est aussi être capable de mieux planifier ce qu’il faut produire en amont. Par exemple, des acteurs de l’agroécologie expliquent qu’il faut changer les modes de production et promouvoir davantage les légumineuses, qu’aujourd’hui les gens cuisinent peu. D’où l’importance de pouvoir produire et accompagner sur toute la chaine de valeur, afin que l’utilisateur retrouve (ou découvre !) et cuisine ces aliments oubliés. Là encore, c’est un langage que l’on va parvenir à mutualiser. C’est un outil, un moyen, qui apporte du bénéfice pour répondre aux nouveaux usages.

Comment imaginez-vous l’évolution de l’IA d’ici 2050 ?


Aujourd’hui, je crains que ceux qui ont développé IA et qui sont totalement externes à nos métiers, puissent disrupter les acteurs traditionnels du secteur. Je prends un exemple concret : si nous ne nous mobilisons pas aujourd’hui pour développer un scénario comme celui de la recommandation de repas, je ne serais pas surpris demain qu’un Netflix maîtrisant très bien cette notion d’algorithme de recommandation, vienne le déployer dans l’univers de la cuisine. Autre exemple, si nous ne développons pas de solutions vocales dans ce secteur, toutes les habitudes de consommation des européens passeront par Shangaï ou Seattle avant même de revenir en France… ils connaîtront les usages et nous serons à leur merci pour tout un pan de business dont ils se chargeront. Depuis 2012, nous avons imaginé et travaillé des solutions pour la cuisine de demain. Mais nous n’avons pas suffisamment anticipé l’arrivée du vocal qui n’était pas présent à l’époque et qui s’est développé de façon exponentielle. Comment imaginer l’IA d’ici 2050 ? Demain, la 3D se généralisera-t-elle dans notre cuisine ? L’évolution est tellement impressionnante qu’il est difficile de se projeter ! Ce qui est certain, c’est que les technologies continuent de se développer à une vitesse incroyable.

Quelle serait pour vous l’innovation rêvée en ce domaine ?


Je pense à toutes les innovations qui permettent de répondre aux grands enjeux de demain. Dans le domaine de l’alimentaire, c’est nourrir la planète en 2050, l’anti gaspillage, l’utilisation du ratio protéines animales/végétales, etc. tout ce qui accompagne l’environnement et la préservation de la planète. Pour moi c’est cela l’innovation… mais sans jamais perdre l’aspect humain, le plaisir, le goût !

Propos recueillis par N. Hennebique